Une longue transition, du néant au paradis
Le ferry du retour nous a amené jusqu’à Hai Phong, une
ville côtière et industrielle dont nous ne verrons que les mauvais côtés. Nous
devions prendre une route qui rejoint Sa Pa en 5h… interdite aux 2 roues. Du
coup, c’est par la AH14 que nous passerons et près de 9h de route qui nous
attendent.
La première partie jusqu’à Viet Tri est insipide…pire
encore, je connais ma première chute ! On dit souvent, plus de peur que de
mal. Dans mon cas c’est même pas peur, même pas trop mal. Un face à face avec
un vélo dans la boue à 2km/h. Je l’évite, je freine roue avant, je glisse, je
tombe. CQFD.
On passe donc la nuit sur Viet Tri où nous testons notre
premier Bun Cha. Une orgie culinaire même si nous sommes persuadé que nous en
goûterons des meilleurs.
Le lendemain, la route est toute autre. On passe de village
en village en traversant les montagnes et les rizières. Il commence à faire
frais jusqu’à arriver au pied de la montée vers Sa Pa. Pour information, nous
sommes à l’extrême nord du Vietnam à tel point que nous avons longé une rivière où
nous pouvions voir la Chine juste derrière.
La montée vers Sa Pa donc. Il y a deux jours, je me
demandais si j’avais déjà roulé dans un si bel endroit. Aujourd’hui je me
repose la même question. Les rizières étant tellement démentielles et magiques
qu’il est difficile de dire que ce n’est pas un des plus bels endroits au
monde.
La montée est longue mais les routes et les paysages sont
sublimes. Une fois sur Sa Pa, nous rencontrons la sœur de celle qui nous
hébergera pendant 2 jours. 8km pour arriver au village. Un accès atroce pour
nos motos tellement les routes sont sinistrées, mais un décor qui se veut de
plus en plus beau. C’est de bon augure pour la suite…
2 jours dans une Minorité H’Mong
Il y a un peu plus d’une semaine des amis en commun
voyageant sous le nom de « Le Petit Jaune » ont fait la rencontre de Vuvi, une H’Mong proposant de loger les voyageurs chez elle, dans son village
quelque peu reculé. Depuis Sa Pa, ils sont nombreux à proposer ce type de
prestation, c’est devenu un business. Les retours du Petit Jaune ont été bons
au sujet de Vuvi et sa homestay, alors ne prenons aucun risque et allons lui
rendre visite.
Quelques mots sur les H’Mong. Dans le nord du Vietnam on
retrouve pleins de minorités, que l’on peut appeler aussi tribus, comme les
Tay, Yao, Hoa ou encore H’Mong. Dans la région de Sa Pa, cette dernière est la plus
répandue. Les habitants portent des tenues traditionnelles, ont leur propre
langage et travaillent pour la plupart dans les rizières.
Dans le village de Vuvi, c’est une affaire de famille. Il
y a ses frères et sœurs, cousins et cousines, nous dormons chez sa mère mais
vivons la plupart du temps avec elle, son mari et ses deux filles. Le village
est au beau milieu des rizières, donc le cadre de vie est magnifique.
Le premier soir, nous mangeons local avec du riz (bien sûr),
des haricots, du bœuf, du foie… et un peu d’alcool de riz pour bien finir.
Juste ce qu’il faut pour bien dormir…
Le lendemain, nous sommes réveillés par le chant des coqs et
les cris des enfants. Je préfère largement ça au bruit des voitures, motos et
autre camions. La nuit fût des plus chaotique avec un orage assez violent et des torrents d’eau qui se sont abattus. J’en ai reçu quelques
gouttes qui m’ont un peu effrayé… mais finalement le toit tenu bon.
Ce matin, nous sommes la tête dans les nuages avec une
visibilité quasi nulle. On est un peu dégoûté à l’idée d’avoir ce temps sur nos
derniers jours vietnamien. Qu’à cela ne tienne. Nous faisons connaissance d’un
argentin, un nouvel hôte, et entamons un petit déjeuner copieux à base d’œufs
brouillés et sandwich.
C’est dans les nuages que nous entamons un trek entre les
rizières et les villages. Mama Zi, son fils et un belge se joignent à nous.
Les nuages se dissipent peu à peu laissant entrevoir les sublimes paysages des
montagnes de rizières. On marchera près de 6h pour une bonne quinzaine de
kilomètres au total.
Petite alerte pour Geoffrey souffrant du poignet, partie
essentielle en moto. Pas le temps de se poser après le trek, un petit
aller-retour sur Sa Pa pour soigner tout ça et toujours cette route qui, je
l’espère, n’aura pas raison de la moto.
Le soir, de nouveau un repas copieux avec, en plus d’hier,
du bambou et des roulés de noodles. Et, à l’instar d’hier, de l’alcool de riz
pour terminer. Mais cette fois-ci sous la forme d’un jeu. Inutile de dire que
l’ambiance monte vite, surtout quand on nous apporte un objet pour fumer (sorte
de bang en bambou) avec le tabac local (petite plante verte, illégale chez
nous). La soirée a été bonne comme vous pouvez l’imaginer.
C’est parti pour un trip dans le Nord
Petit déjeuner pancakes à vous en péter le bide et c’est
parti ! Ah bah non en fait, il pleut. Oui de la pluie. La première (en
journée) depuis plus de deux mois. Elle ne nous manquait pas celle-là.
L’avantage c’est qu’en montagne le temps change vite, donc nous n’attendrons
pas longtemps avant de prendre la route.
Pour bien terminer le Vietnam, nous avons décidé de quitter
les endroits touristiques et de s’évader quelques jours dans le nord.
Le premier jour nous traversons de magnifiques vallées et
montagnes de rizières et autres plantations avant d’arriver sur Muong Kurong où
nous passons la nuit. Ici, que des locaux ne parlant pas un mot anglais. Ça
risque d’être comme ça sur les prochains jours.
La deuxième journée nous allons jusqu’à Bac Ha. Beaucoup de
nuages le matin et une route tous terrains qui se détériore au fil des
kilomètres jusqu’à se retrouver totalement dans la boue. Heureusement, on
parvient à s’abriter juste avant le déluge. Après cette étape difficile, nous
retrouvons une route convenable et pouvons apprécier de temps à autre le
paysage toujours aussi magnifique. Sur Bac Ha, nous entamons une courte
randonnée de 9km pour prendre un peu de hauteur sur cette belle ville.
Troisième journée de route retardée à cause de la pluie. En
milieu de matinée, nous prenons la route de Xin Man que nous atteignons le
midi. Beaucoup de nuages et peu de visibilité avant une pause réfléchie pour
laisser le soleil reprendre ses droits. L’après-midi, nous prenons le parti de
rejoindre Ha Giang. La route est magnifique, le soleil radieux et les paysages
époustouflants. Qu’est-ce que c’est bon de rouler dans de telles conditions.
Nous arrivons en fin de journée et trouvons un peu plus de civilisation que ces 4
derniers jours… ça ne nous avait pas trop manqué.
Le quatrième jour, par contrainte de temps, nous sommes
obligés de ne faire qu’une boucle sur la journée. Mais quelle boucle !
177km où nous découvrons de nouveaux paysages plus montagneux, plus rocheux
tout en conservant quelques rizières qui embellissent le tout. Ça c’était
principalement le matin car l’après-midi a été moins joyeuse avec des routes
chaotiques sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Les belles choses ont une fin…
Dimanche 24 avril, il est temps de quitter le nord pour
rejoindre notre dernière étape : Hanoi. Près de 290km nous séparent de la
capitale. 290km où nous redécouvrons toutes les météos et types de routes que
nous avons eues tout au long de ce trip : pluie, fraîcheur, soleil,
chaleur, bitume, béton, gravier, boue, cailloux… un florilège en guise d’adieu.
En arrivant sur Hanoi, retour à la circulation dense et
totalement folle propre au Vietnam (et à l’Asie en général). On peine à trouver
une place pour garer nos motos… Bienvenue dans la capitale vietnamienne !
La révélation Hanoi
Avant d’attaquer un beau paragraphe sur cette charmante
ville, petite aparté sur celles qui auront animées ce séjour vietnamien, celles
qui ont survécus à toutes les routes, toutes les météos et nous ont toujours
amenées là où on le souhaitait, je veux bien sûr parler de nos motos.
Les prix d’achat à Hanoi sont bien en dessous de Ho Chi
Minh, on sait déjà qu’il sera bien difficile de les revendre au même prix qu'on les a achetées.
Ensuite, l’offre est nettement supérieure à la demande avec des centaines de
Honda Win en vente sur les trottoirs (pauvre Geoffrey) et une moto destinée
principalement aux locaux et non backpackers (pauvre Adrien). Inutile de se
voiler la face, la vendre à un backpacker est peine perdue, il faut brader et
se pencher sur le garage le plus offrant. Entre le 24 en fin de journée et le
25 au matin, nous avons testé une bonne dizaine de garage. Geoffrey a trouvé
repreneur pour 150$ et moi pour 280$. Des grosses pertes mais l’essentiel est
ailleurs : nous avons sur-kiffé notre trip en allant là où on voulait aller.
Merci à elles et bon vent !
J’imaginais Hanoi comme une simple capitale politique
laissant toutes les activités touristiques à Ho Chi Minh. Complètement
faux ! Hanoi est une ville au charme incroyable où il fait bon se balader,
notamment le soir lorsque la police coupe la circulation dans les rues de la
vieille ville. C’est d’ailleurs dans ce quartier que nous avons trouvé notre
hôtel.
Autre avantage de la vieille ville, c’est que les lieux à
voir sont proches à pieds. Il est donc facile de visiter le quartier français.
Des magasins et restaurants qui sentent bon la France et un Institut Français
qui montre que nous sommes partout… plus particulièrement dans un pays que nous
avons colonisé.
Pour le reste de la ville… disons que c’est du classique en
Asie. Des routes, un trafic dense, une chaleur étouffante et un soleil de plomb.
Ça c’est pour le cadre. Pour ce qui est des monuments, c’est assez léger. Un
temple de la littérature évitable, un jardin botanique assez pauvre, le fameux
West Lake pollué, l’historique mausolée de Ho Chi Minh, la traversée de la
railway abandonnée et la visite d’une prison reconstituée. D’ailleurs sur cette
dernière, j’ai appris que nous, français, avions, à l’instar des américains, persécuté
un bon moment (1899 à 1954) les révolutionnaires vietnamien réclamant l’indépendance
du pays que nous avons colonisé.
Voilà, c’est fini…
Après un petit coup de mou physique et moral sur la Thaïlande
du Nord et le Cambodge, ce trip de 3 semaines en moto m’a remis d’aplomb pour
mes dernières semaines de voyage.
Ce 27 avril signe donc la fin de ce merveilleux séjour au
Vietnam mais c’est aussi la fin de 4 mois de voyage avec Geoffrey. Nous aurons
fait l’Indonésie, le Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, les Philippines, le
Cambodge et le Vietnam ensemble… mais toutes les belles choses ont une fin et c’est
ici que nos chemins se séparent.
Geoffrey, ça a été un réel plaisir de voyager avec toi. Pas sûr que j’aurai pu
entreprendre un tel périple avec quelqu’un d’autre que toi. Bonne continuation.
Eclates toi bien là où tu vas, et on se reverra en France pour se remémorer ces
4 mois de fou ! Tchao l’ami !
C’est quand même avec un malin plaisir et une certaine
excitation que je reprends ma route en solo. Encore de belles choses à
découvrir à commencer par Luang Prabang, ma première étape au Laos.
A très vite, portez-vous bien ! Ici Adrien, grand
soleil et 35°C, à vous la France, 4°C et de la neige (fin avril WTF ?!).
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