Lors de mon précédent article, je promettais une longue transition entre Chiang Mai et Siem
Reap… elle a effectivement eu lieu. Jugez plutôt : Chiang Mai – Bangkok
(bus de nuit 8h), Bangkok (6h d’attente), Bangkok – Aranyaprathet (train 4h30),
Aranyaprathet – frontière (stop 15 minutes), frontière – Siem Reap (bus 4h). Un
départ à 18h pour arrivé le lendemain à 23h, sacrés transports !
Au départ nous avons lâché Philippe qui est resté méditer
quelques jours de plus avant de s’envoler pour l’Amérique du Sud. Sur la route,
c’est Jeremy qui nous a quittés pour une infection à un pied. J’espère le
retrouver pour le Laos et la Birmanie. Bref, tout ça pour vous dire que l’on se
retrouve de nouveau à 2 avec Geoffrey.
An(g)kor des temples
Siem Reap est donc la première étape de ce court séjour au
Cambodge. En effet, passé la région de Siem Reap, les activités dans le pays ne
sont pas nombreuses. La ville a clairement deux visages. Le jour, tout est
vide, désert presque une ville fantôme, les gens vont aux temples. La nuit (dès
17h) la ville est beaucoup plus animée avec de nombreux bars et restaurants
totalement adaptés aux touristes. Se promener dans les quartiers de Pub Street,
Night Market et Art Market est très agréable et piéton uniquement. Il faut
juste éviter les horribles voix vous proposant « Tuc-tuc » et
« Massage », à force on est proche du meurtre.
Donc ça, c’est la ville, mais l’attrait de la région se
passe 10 kilomètres au nord avec Angkor Archeological Park. Nous mettrons une
journée pour tout voir, mais quelle journée !
Réveil à 4h30 pour un départ à 5h en vélo (je n’ai jamais eu
un vélo aussi pourri). 7km et 40 minutes plus tard, nous voici en face du
temple d’Angkor pour le sunrise (lever de soleil) pour un moment d’anthologie.
Angkor est le principal temple de la région. Toutes les
images et les photos (ou presque) que vous voyez sur les temples en Asie du
Sud-Est proviennent de la région, celles-ci étant représentées par ce temple.
Pour l’anthologie on repassera. C’est clairement un lieu touristique et se
faufiler parmi les centaines (milliers ?!) de gens venus apprécier le
temple s’éclairer est une mission matinale très fatigante. Peut-être en
attendions-nous trop ? Peut-être ai-je vu trop de photo avant ?
Peut-être nous l’a-t-on trop bien vendu ? Toujours est-il que, malgré de
sublimes photos, nous n’avons pas pris la claque de notre vie.
A l’intérieur du temple, tout est grand et démesuré. La
balade est agréable puisque les touristes se dispersent un peu partout. Que ce
soit l’immensité des tours, la qualité de conservation des sculptures ou
l’ambiance globale qui s’y dégage, le temple d’Angkor est l’un des plus
magnifiques d’Asie.
Je ne vais pas recenser chaque temple. Pour vous faire une idée,
en restant 8h sur place et en parcourant une trentaine de kilomètres sur la
journée (sous une chaleur écrasante et un vélo de merde, je me répète), nous
avons eu le temps de voir 15 temples ! En plus d’Angkor, 2 autres sortent
du lot.
Celui de Banyon est, à mes yeux, le plus original, inattendu
et captivant. En regardant les photos, vous comprendrez. Plusieurs tours et sur
chacune d’elles 4 grands visages de buddha en relief. C’est simplement
époustouflant de se retrouver entouré de toutes ces grosses têtes.
Lieu rendu célèbre pour le film Tomb Rider avec Angélina
Joli, Ta Phrom est très touristiques (je n’ai pas une photo sans une bonne tête
de vainqueur) mais également magnifiquement naturel. Ce qui le rend unique en
son genre, ce sont les racines des arbres venants recouvrir tout ou partie des
façades du temple. Impressionnant même si cette visite aurait été parfaite sans
cet amas de touristes.
Pour les 12 autres temples, je vous laisse apprécier ce
florilège de photos.
Phnom Penh, capitale meurtrie
Pour nous rendre à la capitale cambodgienne, nous avons opté
pour un bus de nuit avec des lits couchettes… Le confort est plus que sommaire
mais le fait d’être allongé me permet au moins de dormir quelques heures.
Sur place, c’est le bordel ! Je n’ai jamais vu une
capitale d’Asie aussi en désordre. Les routes sont sales, abîmées, les
habitations sont plus que précaires, les tuc-tucs se succèdent aux tuc-tucs,
circuler est un enfer, et, contrairement aux autres capitales, il n’y a pas un
quartier qui semble un peu plus huppé qu’un autre. Par ailleurs, de façon
générale au Cambodge, il y a énormément de mendiants, souvent des personnes
utilisant leurs enfants et/ou avec certains membres en moins (c’est
affreux) ; les tuc-tucs, eux, sont insupportables et très insistants,
difficile de marcher plus de 10 mètres sans entendre un « Tuc-tuc
sir ».
Du coup, pour visiter la ville, ce n’est pas une partie de
plaisir. Nous nous sommes rendus au très joli Palais Royal, un espace immense
avec de nombreuses habitations rappelant les temples thaïlandais mais dont la
toiture khmer donne une toute autre identité.
Les autres monuments de la ville ne sortent pas de
l’ordinaire, à l’image de Wat Phnom, un temple tout ce qu’il y a de plus
basique. Classique aussi, mais avec une connotation très forte :
Independence Monument. Voici pourquoi…
Les quelques lignes qui vont suivre me seront pénible à
écrire et vous seront difficile à lire. Nous ne nous sommes que trop peu penché sur l’histoire des pays que nous avons visité depuis le début, pour le Cambodge
nous ne passerons pas à côté.
Rappel historique. En 1975, un mouvement politique et
militaire communiste radical prend le pouvoir du pays et ce jusqu’en 1979. 4
ans de régime politique appelé Kampuchéa démocratique sous les ordres de Pol
Pot. Ce dernier ainsi que ses bras droits vont instaurer des crimes de masse,
façon génocide. Le nombre de victime s’élèverait entre 1,7 et 3 millions.
Imaginez qu’à l’époque, 1,7 millions représentait 20% de la population du
Cambodge. On en parle assez peu dans les livres d’histoire…
Pour illustrer cette atrocité, le gouvernement cambodgien a
laissé deux symboles en l’état au sein de Phnom Penh : la prison S21 et un
Killing Field.
Les Khmers Rouges ont utilisés un ancien lycée comme prison
pour les opposants et/ou les personnes suspectes. Cet endroit était lieu de
torture et de tous types d’expériences abominables sur l’homme. Pas de photos,
mais des peintures illustrant cette cruauté. Les images sont dures et je n’ose
même pas en décrire une. Se balader dans la prison permet de voir les cellules
dans lesquelles étaient les prisonniers… sans commentaires. A l’image du mémorial
de la Shoah en France, de nombreux visages des victimes sont affichés. Enfants
(bébés mêmes), femmes, hommes personne n’était épargné. Et lorsqu’un membre de
la famille était victime des Khmers Rouges, toute la famille était exécutée
pour éviter quelconques représailles.
Mais peu de gens sont morts dans cette prison. Lorsque
l’heure était venue, les prisonniers étaient amenés sur les Killing Fields, des
champs de la mort. Il en existe un peu partout au Cambodge avec en symbole
celui de Choeung Ek au sud de la capitale. On voit finalement assez peu de
chose sur place mais on en apprend beaucoup. Près de 9000 corps retrouvés sur
ce camp et de nombreux crânes exposés dans une tour haute… ça fait froid dans
le dos. Plusieurs petits trous ont été reconstitués, ce sont des fosses dans
lesquelles étaient jetés et empilés les corps. Je crois que le plus horrible
c’est la manière dont sont morts ces personnes, pas de chambre à gaz, pas de
fusillades, non cela coûte trop cher. Les outils utilisés sont le bambou, la
fauche, la pioche, le marteau, la machette, etc. Et vous savez le plus gros
sentiment d’injustice dans cette triste histoire ? Les dirigeants Khmers
Rouges, Pol Pot en tête, ont été jugés en… 2007 ! Tous condamnés 28 ans
après leurs crimes odieux. Ah la géopolitique !
C’était douloureux mais je pense important à faire, pour ne
jamais oublier.
Sihanoukville, la fête attendue et que l’on attend encore
Une courte distance (200km) pour une durée interminable
(8h), nous voici enfin à Sihanoukville. Station balnéaire où l’on trouve plus
de blancs que de locaux et où plage et fête rythme le quotidien des habitants.
Tout est fait pour y passer un agréable séjour : logements cheap, belle plage,
pleins de bars et restaurants en bord de mer et une carte d’alcool défiants
toutes concurrences à l’échelle mondiale ! 0,50$ la bière, 1$ le cocktail
et encore, il est facile d’en avoir sans débourser un centime.
Ça c’est sur le papier. Mais après avoir connu les délires
des îles thaïlandaises, nous sommes rassasiés, d’autant plus lorsque l’ambiance
est très moyenne et qu’il n’y a pas grand monde.
Une nuit suffira amplement. Direction Kampot pour se
rapprocher du Parc National de Bokor avant de prendre la route pour le Vietnam.
Kampot pour finir sur une belle note
Dès notre arrivée, on a senti pas mal de sérénité, de calme,
comme si nous avions changé de pays. Kampot se ressent un peu comme ça. Pas de
gros buildings, une circulation raisonnable, et surtout un fleuve qui borde la
ville avec une magnifique vue sur les montagnes de Bokor. Mise à part cette
excellente ambiance et un coucher de soleil fabuleux au bord du fleuve (quand
les pêcheurs rentrent chez eux, un vrai défilé de bateaux), il n’y a pas
beaucoup d’activité. Il faut donc aller voir ailleurs.
Une journée de scooter à séparer en 2 parties.
La première se passe au Bokor National Park. Une montagne
aussi large que longue dont l’accès au sommet se fait par la route. Étonnamment,
une fois en haut, on se croirait sur un plateau tellement on distingue peu de
relief. La route est géniale lorsque l’on passe dans les nuages qui viennent
chatouiller une belle végétation verdoyante… bon, il fait également très frais.
En haut, il y a quelques monuments à voir.
Le nouveau Casino n’a clairement aucun intérêt.
Le vieux Casino donne l’impression d’une grande construction
non achevée. A visiter c’est assez spécial, à mi-chemin entre un manoir hanté
et une map de gaming pour tuer des méchants. La vue depuis le toit de ce lieu
est magnifique.
Le ou les temples en bordure de falaise sont sublimes. Il y
a surtout ce vieux temple, trop récent pour être une ruine mais trop ancien
pour être comme les autres. Il se distingue et sort de l’ordinaire.
L’église française abandonnée rappelle le lien
franco-cambodgien. Il est bon de rappeler que la France à jouer un rôle majeur
dans l’histoire du pays puisque celui-ci était sous tutelle tricolore (pour ne
pas dire colonisé) jusqu’aux années 50, d’où cette forte présence française.
Bref, cette église, bien que classique, donne un agréable rendu lorsque l’on se
positionne en hauteur derrière elle avec une vue sur le reste du parc national.
C’est à peu près tout ce qu’il y a à voir. On peut parler
d’une cascade grandiose… mais lorsqu’il n’y a pas d’eau, ce n’est rien d’autre
qu’un amas de rochers.
Le sud du Cambodge et particulièrement la région de Kampot
sont connus pour leur culture de sel et de poivre. Autant pour l’un, voir des
champs de sel est assez commun pour nous français (coucou Guérande) mais du
poivre… c’est une grande première ! Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est
hallucinant mais ça a le mérite d’être intéressant.
Sur le chemin, quelques rizières, un secret lake et surtout
un magnifique village de pêcheur au bord de la mangrove. Un cadre idéal et
paisible avant de basculer de l’autre côté de la frontière en direction du
Vietnam.
En 9 jours, seulement, de Cambodge, on peut déjà dire beaucoup de ce pays… Résider en ville est invivable (trop sale, bruyant, trafic
constant, gens oppressants) ; la campagne, en cette période, est
désertique et très sèche ; la nourriture, sans avoir testé les traditions
khmers, est plus cher et finalement moins bonne que dans les précédents pays.
Et puis il y a le reste, ces magnifiques temples d’Angkor, véritables joyaux du
pays ; l’oppression globale des gens ne couvrent pas la gentillesse de
certains locaux ; les paysages du sud en bord de fleuve et au niveau des
montagnes sont sublimes et que dire des coucher soleil. 9 jours c’est court
mais finalement ça permet de se faire une bonne idée du Cambodge.
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